Industrie et souveraineté économique : valoriser notre outil productif et nos territoires

La crise du covid-19 et la reconversion dans l’urgence des chaînes de production pour faire face à la pénurie de matériel sanitaire replacent aujourd’hui l’industrie au cœur des enjeux de souveraineté économique.

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Si la réactivité et la rapidité d’adaptation des entreprises industrielles françaises sont à souligner, il apparaît essentiel de mettre en œuvre un plan d’action à l’échelle nationale et européenne, afin de transformer notre paysage productif et garantir notre autonomie stratégique.

Un tel plan d'action devra notamment s’appuyer sur des stratégies de filières à l’échelle des territoires, sur la valorisation de nos actifs industriels existants, et sur la mise en place d’un cadre favorable aux projets de réindustrialisation.

En quelques semaines, des PME, ETI et grandes entreprises industrielles ont su reconvertir leurs activités pour fabriquer de façon intensive des masques, des respirateurs ou encore du gel hydroalcoolique. Cette capacité d’adaptation rapide de nos entreprises ne doit pas dissimuler la brutalité des effets de la crise économique que l’on peut d’ores et déjà prévoir. Afin de rendre notre tissu industriel plus résilient et pour acquérir une plus grande souveraineté à l'échelle nationale et européenne, il faut anticiper et dès à présent commencer à le reconfigurer en profondeur.

En effet, même si les mesures prises par le gouvernement - comme la prise en charge du chômage partiel - ont des effets bénéfiques à court terme, la crise sanitaire que nous traversons aura des conséquences économiques importantes. Les mesures de restrictions de déplacements et la baisse globale de la consommation engendreront une forte hausse du chômage et de nombreuses fermetures d'entreprises. 

Des dispositifs de revitalisation devront être activés pour soutenir l’emploi dans les territoires les plus concernés et fragiles. Le dialogue social - dans les entreprises et les branches - devra se renforcer pour déployer des mesures sociales, maintenir et développer les compétences, et accompagner les transitions professionnelles.

Définir les filières d’autonomie stratégique, approfondir la souveraineté économique européenne

Accompagner les entreprises impactées et soutenir l’emploi ne suffiront pas. La crise du Covid-19 a révélé l’importance stratégique de la filière santé, mais la question de la souveraineté industrielle se pose pour bien d'autres. De nombreux autres secteurs sont en effet confrontés à l’internationalisation des chaînes de valeur, c'est le cas par exemple de l’aéronautique et de l’automobile. Comme les principes actifs des médicaments - fabriqués à 80 % en Chine ou en Inde - la France dépend d’autres pays pour de nombreux composants électroniques et matériaux intervenant dans la production aéronautique et automobile.

Des initiatives positives ont été prises récemment, il faudra les amplifier. De nouvelles filières économiques, liées aux productions décarbonées, sont nées des mutations liées à la transition énergétique. La compétitivité du « site France » a été remise au centre des priorités par le CICE en 2015, puis par le gouvernement actuel. La loi Pacte de 2019 a clarifié la liste des secteurs stratégiques français à protéger des risques de prises de contrôle par des intérêts étrangers. Le nouveau Pacte productif devait être présenté en avril 2020, et pourrait être transformé en plan de relance massif pour l’industrie française.

Il est clair que l’Union européenne doit à présent s’impliquer en première ligne dans ces enjeux clés pour l’après-crise, et définir des filières stratégiques à l’échelle communautaire, à commencer par le secteur de la santé. Cette tendance posera par ailleurs inévitablement la question de nouveaux transferts de souveraineté pour les Etats membres. 

La France peut cependant s’engager dès à présent dans un programme d’actions pour accompagner la transformation de son paysage productif. A ce titre, trois volets complémentaires et coordonnés pourraient être déployés : créer des stratégies de filières à l’échelle de territoires, valoriser les actifs industriels existants et faciliter les projets de réindustrialisation.

Reconstruire les chaînes de valeur, amplifier les programmes de reconversion et de réindustrialisation

Des stratégies de filière pourront être mises en place dans les territoires. Il faudra pour cela les cartographier et analyser les niveaux de chaînes de valeur à relocaliser dans les régions. L'étape suivante consistera à identifier les entreprises pouvant jouer un rôle moteur à chaque échelon, dans une logique d’ancrage territorial. On pourra ensuite s’appuyer sur des approches coopératives mobilisant acteurs privés, pouvoirs publics et collectivités territoriales, en s’appuyant sur les initiatives existantes comme les Territoires d’industrie.

L’appareil de production se développera plus aisément en s’appuyant sur les actifs industriels existants. Les entreprises les plus touchées par la crise seront incitées à reconvertir leur outil de production vers des activités devenues stratégiques. Les surfaces industrielles disponibles pourront être utilisées pour bâtir des programmes de reconversion ou de réindustrialisation, en devenant ainsi des sources de diversification. Cela permettra d'assurer la pérennité des sites. En parallèle, il faudra réfléchir à la réversibilité des outils industriels, afin de permettre de les réactiver en temps de crise. 

Pour faciliter la mise en œuvre des projets de reconversion et de réindustrialisation, des dispositifs pourront être déployés. D’abord, assurer un volume d’affaires minimal par le maintien ou l’octroi de commandes publiques. Des prises de participation ciblées ou sous forme d’apports en fonds propres seront sollicitées auprès des collectivités ou des agences de l’Etat, comme BPI France ou la CDC qui ont déjà indiqué leur soutien financier aux relocalisations d’entreprises. Les subventions et aides financières pourront s’accompagner de facilités administratives, toujours bienvenues et parfois essentielles pour favoriser la sortie de crise. 

Approfondir la coopération industrielle au niveau des filières stratégiques, optimiser la reconversion des outils de production et accompagner les projets sur les territoires pourront nous permettre de renforcer notre souveraineté économique.

La mise en place d’un cadre à l’échelon européen sera néanmoins nécessaire pour sécuriser et pérenniser l’indépendance de notre industrie sur les marchés internationaux en lui offrant une taille critique. Il faudra notamment se protéger des ruptures de flux logistiques en situation de crise, développer de nouvelles filières innovantes et parvenir à faire émerger des champions européens. Ces champions seront capables de s’émanciper des aides d’Etat - ayant une vocation d’impulsion - et seront en mesure d’exercer une position de leadership dans le renforcement de nos écosystèmes industriels.  

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